"Le sujet dans l’abstrait ,c’est l’espace. L’artiste le remplit avec une attitude"
Wilhem de Kooning Conférence 1949
"Le sens ce n'est pas ce que cela veut dire, c'est ce vers quoi ça va."
Bernard Noël : " L'espace du poème" P.O.L.
"Transformer le monde entier en espace intérieur."
Rainer Maria Rilke
"La vie naîtra là où tu porteras ton attention."
"Le noir est la seule couleur intérieure et le seul savoir est d'en faire une porte "
Bernard Noël
"Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That’s how the light gets in"
" Sonnez les cloches qui peuvent encore sonner
Oubliez vos offrandes parfaites
Il y a une fissure dans tout
C’est par là que la lumière rentre"
Leonard Cohen - Anthem
Une vraie rencontre avec l'art se fait à l'intersection de deux solitudes. Face à une œuvre, chacun occupe seul un espace qui n'est ouvert que pour lui, loin des médias, des guides, des emplois de temps. Or, il y a chez beaucoup de gens une terreur, une incapacité à supporter le vide, la lenteur. C'est d'autant plus paradoxal et ironique que toutes ces œuvres qu'on nous offre à consommer sont souvent issues d'une solitude extrême, parfois ancrées dans la folie.
C'est une forme de privilège d'être seul. Mais la société diffuse une image dangereuse, négative de la solitude. Aujourd'hui, errer, vagabonder est supposé être un comportement adolescent. Si on continue d'être en quête à 30, 40 ou 50 ans, c'est mauvais signe. Le contact avec l'art nous permet justement de prendre conscience que cette errance, ce doute intérieur que nous ressentons ne sont pas une brèche dans notre vie que l'on pourrait vite colmater ; c'est nous, c'est ce que nous sommes.
Il y a un musée que j'aime particulièrement, le musée Picasso à Antibes. Y sont exposées uniquement des œuvres que le peintre a produites lors d'un séjour dans la ville. Déjà ça c'est fascinant : on voit se déployer les détours de sa créativité. On détourne les yeux d'un faune et on regarde par la fenêtre qui donne sur la mer. Dans un musée il y a toujours un bonheur à regarder par la fenêtre. Notre regard s'habitue à un cadre, et, soudain, ce n'est plus celui d'un tableau, c'est le monde qui apparaît. Selon votre humeur, à Antibes, vous verrez par la fenêtre la mer, le bleu, le vide. De même quand on sort d'un livre, on entend autrement les conversation qui se tiennent autour de nous. C'est ça le bonheur de l'art, le relief que ça donne au monde.
Chantal Thomas
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